{"id":90,"date":"2016-11-19T17:49:34","date_gmt":"2016-11-19T13:49:34","guid":{"rendered":"http:\/\/labienfaisance.re\/?page_id=90"},"modified":"2017-01-18T16:16:36","modified_gmt":"2017-01-18T12:16:36","slug":"histoire-de-la-loge","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/labienfaisance.re\/?page_id=90","title":{"rendered":"Histoire de la Loge"},"content":{"rendered":"<p>Histoire de la loge La Bienfaisance.<\/p>\n<p>LES DEUX PREMI\u00c8RES P\u00c9RIODES. 1821 ET 1880<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Premi\u00e8re p\u00e9riode 1821-1831<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-113\" src=\"https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/sceau-1821-221x300.png\" alt=\"sceau-1821\" width=\"221\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/sceau-1821-221x300.png 221w, https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/sceau-1821.png 469w\" sizes=\"auto, (max-width: 221px) 100vw, 221px\" \/><\/p>\n<p>Le sceau de La Bienfaisance en 1821<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;installation de la Franc-Ma\u00e7onnerie \u00e0 Bourbon, on peut distinguer deux \u00e9tapes : l&rsquo;une se situe dans le dernier quart du XVIII\u00e8 si\u00e8cle, l&rsquo;autre aux environs de 1820.<br \/>\nAu XVIII\u00e8 si\u00e8cle, en 1777, cette implantation est marqu\u00e9e par la cr\u00e9ation de :<br \/>\n&#8211; La Parfaite Harmonie, \u00e0 l&rsquo;Orient de Saint Denis,<br \/>\n&#8211; L&rsquo;Heureuse R\u00e9union, \u00e0 l&rsquo;Orient de Saint Paul la m\u00eame<br \/>\n&#8211; La Triple Union, \u00e0 l&rsquo;Orient de Saint Benoit en 1784.<\/p>\n<p>Ainsi, avant 1800, les trois points symboliques du triangle sont-ils g\u00e9ographiquement repr\u00e9sent\u00e9s.<br \/>\nPuis, apr\u00e8s une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, plusieurs autres cr\u00e9ations de loges auront lieu :<br \/>\n&#8211; L&rsquo;Amiti\u00e9, en 1816 \u00e0 Saint Denis<br \/>\n&#8211; Les Amis R\u00e9unis, en 1823 \u00e0 Saint Andr\u00e9<br \/>\n&#8211; L\u2019esp\u00e9rance, en 1825 \u00e0 Saint Denis.<br \/>\nC&rsquo;est dans cette seconde p\u00e9riode que se situe la naissance de La Bienfaisance \u00e0 l&rsquo;Orient de Saint Pierre, en 1823.<br \/>\nAuparavant, une premi\u00e8re tentative avait eu lieu en<br \/>\n1805. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le 12 Septembre, douze ma\u00eetres de Saint Pierre d\u00e9cident de cr\u00e9er une loge sous le titre de La Sinc\u00e9rit\u00e9 Parfaite, et de travailler sous le maillet de La Parfaite Harmonie en attendant les Constitutions du Grand Orient.<br \/>\nQui \u00e9taient ces fr\u00e8res ? Pourquoi leur demande n&rsquo;aboutit-elle pas ? On n&rsquo;en retrouve aucune trace dans les archives de la rue Cadet d\u00e9truites en partie par l&rsquo;occupant lors de la Seconde Guerre Mondiale.<br \/>\nD&rsquo;apr\u00e8s RIVALTZ-QUENETTE (\u00ab\u00a0La Triple Esp\u00e9rance\u00a0\u00bb, 1778-1978) la loge mauricienne re\u00e7ut en 1814 une demande de mise en instance d&rsquo;une loge \u00ab\u00a0La Bienfaisance\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;Orient de Saint Pierre. Il ne semble pas que cette d\u00e9marche ait abouti.<br \/>\nEn 1821, un autre groupe de ma\u00e7ons St Pierrois va faire une autre tentative qui sera couronn\u00e9e de succ\u00e8s : ils demandent<br \/>\n\u00e0 la Parfaite Harmonie de solliciter pour eux des Constitutions aupr\u00e8s du Grand Orient. Dans une lettre accompagnant son envoi au Grand Ma\u00eetre de l&rsquo;Ordre, le V\u00e9n\u00e9rable de La Parfaite Harmonie,<br \/>\nDe Chanvallon, pr\u00e9cise que des fr\u00e8res de St Pierre qui demandent la cr\u00e9ation d&rsquo;un atelier<br \/>\n\u00ab\u00a0sont tous bons et vrais ma\u00e7ons, appartenant \u00e0 des loges r\u00e9guli\u00e8res\u00a0\u00bb<br \/>\net que \u00ab\u00a0L&rsquo;Etablissement d&rsquo;un atelier dans ledit quartier de<br \/>\nSt Pierre ne peut qu&rsquo;augmenter et accro\u00eetre la prosp\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;art royal\u00a0\u00bb.<br \/>\nLes pi\u00e8ces n\u00e9cessaires \u00e0 cette cr\u00e9ation devaient \u00eatre adress\u00e9es au Mar\u00e9chal de Beurnonville lorsqu&rsquo;on apprit sa mort survenue \u00e0 Paris en Avril 1821.<\/p>\n<p>La Parfaite Harmonie envoie ensuite \u00e0 St Pierre quelques d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s charg\u00e9s d&rsquo;enqu\u00eater sur la r\u00e9gularit\u00e9 des fr\u00e8res demandant la cr\u00e9ation de la loge, et en rend compte ensuite au Grand Orient :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La R&#8230; L&#8230; La Parfaite Harmonie, s\u00e9ante \u00e0 St Denis, Isle Bourbon\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9ance du 5\u00e8me jour du 9\u00e8me mois de l&rsquo;an 1821.<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res charg\u00e9s de se rendre au quartier de St Pierre, isle de Bourbon, pour s&rsquo;assurer &lsquo;si les ma\u00e7ons qui y \u00e9taient r\u00e9unis<\/p>\n<p>et qui sollicitaient l&rsquo;assistance de la R&#8230; L&#8230; La Parfaite Harmonie pour obtenir du Grand Orient de France des Constitutions appartenaient \u00e0 des ateliers r\u00e9guliers, et, v\u00e9rifier deux tableaux ayant fait leur rapport et certifi\u00e9 que les ma\u00e7ons demandeurs \u00e9taient parfaitement en r\u00e8gle et m\u00e9ritaient la faveur qu&rsquo;ils sollicitent,<\/p>\n<p>La R&#8230; L&#8230; La Parfaite Harmonie, sur les conclusions du fr\u00e8re orateur et l&rsquo;avis unanime des colonnes, consid\u00e9rant que l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un atelier r\u00e9gulier ne peut qu&rsquo;augmenter et accro\u00eetre la prosp\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;art royal en cette colonie, et convaincu le Grand Orient de France de notre z\u00e8le pour l&rsquo;accroissement de notre sublime institution ; que la charit\u00e9 que nous devons \u00e0 nos fr\u00e8res nous prescrit imp\u00e9rativement la loi de leur procurer autant qu&rsquo;il est en nous tous les moyens de se perfectionner et d&rsquo;avancer dans la carri\u00e8re ma\u00e7onnique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Consid\u00e9rant que les fr\u00e8res signataires en demande de constitution ont appartenu \u00e0 des loges r\u00e9guli\u00e8res qui, par diff\u00e9rentes circonstances, ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9es de cesser leurs travaux, et que lesdits ma\u00e7ons, vu leur \u00e9loignement de la loge de St Denis, Isle Bourbon, et des affaires qui les retiennent dans leurs foyers, ne peuvent suivre avec exactitude nos travaux, ce qui doit les entacher d&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 ;<\/p>\n<p>A arr\u00eat\u00e9 que le V\u00e9n\u00e9rable, au nom de la R&#8230; L&#8230; La Parfaite Harmonie adresserait au Grand Orient de France la demande en constitution des dits ma\u00e7ons r\u00e9unis au canton de St Pierre, Isle Bourbon, sous le titre distinctif de la Bienfaisance. Le tableau des membres qui composent ce nouvel atelier,<\/p>\n<p>leur serment de fid\u00e9lit\u00e9 au Grand Orient de France et tous les documents n\u00e9cessaires pour obtenir lesdites constitutions pour la loge la Bienfaisance \u00e0 l&rsquo;Orient du quartier de St Pierre, Isle de Bourbon, et que le Grand Orient serait suppli\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9gard \u00e0 la juste et r\u00e9guli\u00e8re demande des ma\u00e7ons dudit quartier de St Pierre qui ne peuvent que propager dans cette colonie les principes d&rsquo;ordre et de r\u00e9gularit\u00e9 si n\u00e9cessaires au bonheur de ses habitants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Examinons de plus pr\u00e8s la nouvelle loge qui vient de se cr\u00e9er.<br \/>\nTout d&rsquo;abord, pourquoi avoir choisi ce nom : La Bienfaisance ? Les noms des loges sont souvent un reflet des pr\u00e9occu-pations essentielles des ma\u00e7ons \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de leur cr\u00e9ation. Ainsi, dans le premier quart du XIX\u00e8 si\u00e8cle, les Francs-Ma\u00e7ons, et ceux de St Pierre ont du y \u00eatre sensibles, mettent l&rsquo;accent sur le r\u00f4le d&rsquo;entraide de la Franc-Ma\u00e7onnerie.<br \/>\nC&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on trouve, dans la r\u00e9gion parisienne, deux loges cr\u00e9\u00e9es \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque : \u00ab\u00a0Les Amis Bienfaisants\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Bienfaisance et Progr\u00e8s\u00a0\u00bb.<br \/>\nD&rsquo;o\u00f9 venaient ces fr\u00e8res r\u00e9unis sous le vocable de la Bienfaisance ?<br \/>\nLe V\u00e9n\u00e9rable de la Parfaite Harmonie indique que certains sont membres de sa loge, mais nous n&rsquo;en avons pu trouver la preuve. Poss\u00e9dant un effectif important (puisqu&rsquo;au tableau de 1822, apr\u00e8s la cr\u00e9ation de la loge de St Pierre, elle compte encore 69 membres), il \u00e9tait possible aux fr\u00e8res \u00ab\u00a0d&rsquo;essaimer\u00a0\u00bb sans crainte de r\u00e9duire dangereusement son effectif.<br \/>\nL&rsquo;Amiti\u00e9, elle, qui ne comprend que vingt membres en 1820, a pu fournir aussi quelques \u00e9l\u00e9ments.<br \/>\nComposition sociale de la Bienfaisance<br \/>\nLa composition sociale de la nouvelle loge se pr\u00e9sente<br \/>\nainsi :<br \/>\n&#8211; 5 professions lib\u00e9rales,<br \/>\n&#8211; 5 fonctionnaires ou agents de l&rsquo;administration locale,<br \/>\n&#8211; 8 n\u00e9gociants,<br \/>\n&#8211; 13 propri\u00e9taires,<br \/>\n&#8211; 4 \u00ab\u00a0habitants\u00a0\u00bb,<br \/>\n&#8211; 1 employ\u00e9.<br \/>\nMais cette classification est toute arbitraire, car les cat\u00e9gories se chevauchent : tel n\u00e9gociant est aussi planteur, tel fonctionnaire poss\u00e8de une ou plusieurs \u00ab\u00a0habitations\u00a0\u00bb dans les hauts.<br \/>\nEssayons de voir de plus pr\u00e8s ces cat\u00e9gories :<\/p>\n<p>LES PROFESSIONS LIB\u00c9RALES<br \/>\nElles sont repr\u00e9sent\u00e9es par trois notaires, un ma\u00eetre en chirurgie, un officier de sant\u00e9. Quatre d&rsquo;entre eux ont une concession dans l&rsquo;arri\u00e8re-pays o\u00f9 ils produisent bl\u00e9, ma\u00efs ou canne \u00e0 sucre. La culture est effectu\u00e9e par des esclaves, en nombre tr\u00e8s variable : 154 pour la plus cossue, 21 pour la plus modeste.<br \/>\nLES REPR\u00c9SENTANTS DE L&rsquo;ADMINISTRATION<br \/>\nLe commandant de quartier, le maire, l&rsquo;arpenteur du roi, le receveur de l&rsquo;enregistrement, l&rsquo;adjoint au juge de paix, poss\u00e8dent en g\u00e9n\u00e9ral un \u00ab\u00a0emplacement b\u00e2ti\u00a0\u00bb au chef-lieu. Ils ont aussi quelques esclaves (de cinq \u00e0 vingt), sans doute pour les travaux domestiques.<br \/>\nLES N\u00c9GOCIANTS, PROPRI\u00c9TAIRES ET HABITANTS<br \/>\nSouvent les trois \u00e0 la fois, ils forment certainement la classe ais\u00e9e de la population. Au chiffre de vingt-cinq sur les trente-six membres de la loge, ils repr\u00e9sentent la bourgeoisie locale qui a pignon sur rue (certains poss\u00e8dent m\u00eame plusieurs commerces), est propri\u00e9taire d&rsquo;une habitation sur les pentes, entre Ravine Blanche et St Joseph, o\u00f9 l&rsquo;on r\u00e9side en saison chaude, o\u00f9 la main-d&rsquo;oeuvre servile est confi\u00e9e \u00e0 des surveillants. L&rsquo;un des plus ais\u00e9s, Robin, par exemple, poss\u00e8de quatre habitations entre Ravine d&rsquo;Abord et Ravine Blanche, sur lesquelles travaillent 254 esclaves. On produit 3000 quintaux de man, 175 de caf\u00e9, 500 de sucre et on y \u00e9l\u00e8ve 170 t\u00eates de b\u00e9tail.<br \/>\nUn seul membre de la loge fait figure de parent pauvre : originaire de St Beno\u00eet, il est venu travailler \u00e0 St Pierre comme \u00ab\u00a0commis de commer\u00e7ant\u00a0\u00bb et est le seul repr\u00e9sentant du \u00ab\u00a0prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb local.<br \/>\nEn ce qui concerne les \u00e2ges, la moyenne en est de 40,5 ans avec cette r\u00e9partition :<br \/>\n&#8211; moins de 30 ans : 9<br \/>\n&#8211; de 30 \u00e0 40 ans : 9<br \/>\n&#8211; de 40 \u00e0 50 ans : 8<br \/>\n&#8211; plus de 50 ans : 7<br \/>\n(L&rsquo;\u00e2ge de 3 membres est incertain)<br \/>\nNotons aussi que, sur les 36 membres, 25 sont n\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0Bourbon\u00a0\u00bb (dont 22 \u00e0 St Pierre) et 11 en m\u00e9tropole. Parmi ces derniers :<br \/>\n&#8211; 6 sont arriv\u00e9s \u00e0 Bourbon avant 1800<br \/>\n&#8211; 5 entre 1800 et 1815.<\/p>\n<p>Enfin, remarquons que les membres de la Bienfaisance sont \u00e0 peu pr\u00e8s tous plus ou moins apparent\u00e9s : les mariages sont fr\u00e9quents entre fils et filles de francs-ma\u00e7ons.<\/p>\n<p>Mais les Constitutions demand\u00e9es au Grand Orient de France durent se faire attendre, puisqu&rsquo;en 1823, la Bienfaisance renouvelle sa demande aupr\u00e8s de La Parfaite Harmonie :<br \/>\n\u00ab\u00a0Anim\u00e9s du d\u00e9sir de travailler r\u00e9guli\u00e8rement pour la gloire de la Ma\u00e7onnerie et le bien g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;humanit\u00e9, nous vous prions de nous r\u00e9unir au centre commun de tous les ma\u00e7ons fran\u00e7ais en nous accordant notre mise en instance aupr\u00e8s du Grand Orient de France, ce qui r\u00e9gularisera la loge \u00e9lev\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Orient de St Pierre, isle Bourbon, conform\u00e9ment au v\u0153u de la d\u00e9lib\u00e9ration prise le 22\u00e8me jour du 4\u00e8 mois de l&rsquo;an 1823 dont extrait est ci-joint.<br \/>\nAttach\u00e9s \u00e0 tous les liens de la fraternit\u00e9 nous nous efforcerons d&rsquo;en resserrer les n\u0153uds et nous nous engageons d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 nous conformer aux r\u00e8glements du Grand Orient.\u00a0\u00bb<br \/>\nEt puis &#8230;&#8230; les documents manquent. Sans doute la Bienfaisance re\u00e7ut-elle enfin ses constitutions, puisqu&rsquo;elle figure au Grand Orient comme loge r\u00e9guli\u00e8re jusqu&rsquo;en 1831.<br \/>\nD\u00e8s 1832, elle est compt\u00e9e comme inactive, et il semble qu&rsquo;\u00e0 cette date, les ma\u00e7ons de St Pierre aient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 leurs outils.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me p\u00e9riode 1862-1880<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;examiner dans quelle condition se fit le r\u00e9veil de la \u00ab\u00a0Bienfaisance\u00a0\u00bb, essayons de voir ce qu&rsquo;\u00e9taient, vers 1860,<br \/>\nSt Pierre et ses habitants.<br \/>\nF\u00e9lix Frappier nous d\u00e9crit ainsi la ville :<br \/>\nvue de la mer, avec ses maisons blanches, ses<br \/>\ntoits aux couleurs vari\u00e9es, son faubourg de la Terre Sainte nouvelle ville bient\u00f4t, la fum\u00e9e de ses usines, de ses sucreries, ses rues larges et align\u00e9es, le mouvement de son petit port, les montagnes vertes et gigantesques qui forment le fond du tableau, St Pierre offre \u00e0 l\u2019\u0153il du voyageur surpris l&rsquo;un de ces riches paysages aux teintes chaudes et vari\u00e9es dont les contr\u00e9es intertropicales et surtout notre beau pays sont si prodigues. Tout vit, tout s&rsquo;agite, on le voit, on le sent, la richesse, la f\u00e9condit\u00e9, le travail se montrent partout. Les sucreries transforment en brillants cristaux le roseau f\u00e9cond, les for\u00eats fument du feu des b\u00fbcherons, le corail de la mer br\u00fble et se transforme dans les chaufourneries, les chaloupes et les caboteurs se croisent dans la passe, vont, viennent, emportent et rapportent les sucres, les riz. les bois, la chaux du pays et les mille produits de l&rsquo;industrie m\u00e9tropolitaine<br \/>\non compte sur le territoire de la commune :<br \/>\n&#8211; 20 sucreries<br \/>\n&#8211; 3 distilleries<br \/>\n&#8211; 3 scieries m\u00e9caniques<br \/>\n&#8211; 2 chantiers de constructions maritimes, des ateliers de charronnage, de chaudronnerie, des forges, etc ..<br \/>\n&#8211; 8 fours \u00e0 chaux<br \/>\n&#8211; 3 \u00e9tablissements de batelage<br \/>\n&#8211; 3 ateliers de m\u00e9caniciens<br \/>\nPaul Erudel, qui visita la ville \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, en a laiss\u00e9 une description pittoresque.<br \/>\n\u00ab\u00a0C&rsquo;est une petite ville coquettement assise sur le bord de la mer, b\u00e2tie en amphith\u00e9\u00e2tre, sur le versant de la montagne qui forme l&rsquo;\u00eele de la R\u00e9union. Ses rues sont droites et perpendiculaires \u00e0 la c\u00f4te, coup\u00e9es \u00e0 angles droits et pav\u00e9es en macadam, pleines de probl\u00e8mes insolubles pour l&rsquo;\u00e9tranger qui s&rsquo;\u00e9gare et demande son chemin. Dix gros hommes y pourraient assur\u00e9ment passer de front ; mais dans ce si\u00e8cle, sous le despotisme du jupon monstre, les femmes ne pourraient jouir du m\u00eame privil\u00e8ge.<br \/>\nDes canaux aux eaux murmurantes, saign\u00e9es faites \u00e0 la rivi\u00e8re Saint Etienne, courent le long des rues, de toute la vitesse de leur pente, distribuant la fra\u00eecheur et la gaiet\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Les maisons se suivent et se ressemblent : les unes b\u00e2ties en pierre volcanique, les autres en pierre de taille, la plupart en bois de natte. Toutes, sans exceptions, elles pr\u00e9sentent l&rsquo;aspect d&rsquo;une \u00ab\u00a0varangua\u00a0\u00bb soutenue par des colonnades qui prot\u00e8ge le jour des rayons du soleil et fait savourer le soir toute la fra\u00eeche et ti\u00e8de haleine des baisers de la brise&#8230;. Toutes ces cases sont<br \/>\nentour\u00e9es d&rsquo;une grille en bois que les insulaires appellent \u00ab\u00a0barrot\u00a0\u00bb. D&rsquo;une tenue irr\u00e9prochable \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, elles n&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pour la plupart que deux \u00e9tages couverts de bardeaux&#8230;.<br \/>\nDu large en mer, Saint Pierre produit un effet ravissant&#8230; Dans le fond du tableau, le Piton des Neiges, \u00e0 la pyramidale structure, dispara\u00eet dans un lointain vaporeux Au second plan \u00e0 droite, on aper\u00e7oit \u00e0 l&rsquo;\u00e9chancrure de l&rsquo;Entre-Deux, la fum\u00e9e s&rsquo;\u00e9chappant en noirs flocons des longues chemin\u00e9es des Casernes et de Mont-caprice. Plus loin, le coteau de Terre Sainte, avec son peuple de travailleurs, ses cabanes construites en bambou et en nattes de paille le ruban de la route communale se d\u00e9roulant \u00e0 perte de\u00a0vue&#8230;.<br \/>\nRepr\u00e9sentez-vous maintenant \u00e0 gauche St Pierre, la ville anim\u00e9e et fol\u00e2tre, baignant ses pieds dans les flots, cachant sa t\u00eate sous de frais anbrages, le soleil du matin qui se rit gaiement sur les toits rouges, les \u00e9tablissements de marine en travail, le port, les chantiers de construction et le m\u00e2t des signaux qui, comme celui d&rsquo;une fr\u00e9gate, fait flotter ses pavillons multicolores.<br \/>\nSa population qui se chiffrait en 1848 par 17 500 \u00e2mes, blancs et noirs, s&rsquo;\u00e9value actuellement \u00e0 plus de 30 000 habitants.<br \/>\n&#8230;. A St Pierre, point de monuments \u00e0 g\u00eaner la vue, \u00e0 distraire et occuper inutilement le regard&#8230;.<br \/>\n&#8230;. la mairie, pi\u00e8ce capitale des monuments de la localit\u00e9 : un grand cube jaugeant au moins 500 personnes les jours de bal et de concert&#8230;<br \/>\n&#8230;. la place d&rsquo;Armes, peu bruyante de nature, qui d\u00e9plie devant la mairie son vaste tablier vert, n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;un grand et insignifiant espace, mesurant deux hectares gazonn\u00e9s.<br \/>\nCette place, d&rsquo;un parall\u00e9logramme parfait, encadr\u00e9e de filaos et de constructions disparates, sert deux fois par an \u00e0 la revue des milices&#8230;<br \/>\nL&rsquo;Eglise, d&rsquo;un style beaucoup trop moderne, est flanqu\u00e9e de deux clochetons couverts en ardoises. Une fl\u00e8che aigu\u00eb s&rsquo;\u00e9lance au clocher central. L&rsquo;int\u00e9rieur, d&rsquo;une simplicit\u00e9 antique, t\u00e9moigne peu de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des planteurs.<br \/>\nLes rues de St Pierre (de la Plaine, des Tourbillons, de la Rivi\u00e8re et des Bons-Enfants la cannebi\u00e8re du quartier) n&rsquo;affichent point leur extrait de naissance en lettres blanches sur fond bleu. Elles ne se ressouviennent m\u00eame pas des noms que leur parrain leur a donn\u00e9s et n&rsquo;ont jamais consenti \u00e0 laisser num\u00e9roter\u00a0leurs maisons&#8230;<\/p>\n<p>Le gaz n&rsquo;a point encore port\u00e9 ses brillantes clart\u00e9s dans nos rues ; aussi sont-elles tristes \u00e0 mourir et\u00a0noires&#8230;d\u00e8s que la nuit a \u00e9tendu ses sombres voiles.<br \/>\nLes magasins qui se serrent le long des rues sont de v\u00e9ritables capharna\u00fcm, impossibles \u00e0 d\u00e9crire, \u00e9talant au passant fam\u00e9lique leurs richesses entass\u00e9es. On aper\u00e7oit, \u00e0 travers le vitrage des devantures des piles de marchandises de toutes sortes, des murailles de pi\u00e8ces d&rsquo;\u00e9toffe et de mousseline, des remparts de conserves et des bastions de paniers de bi\u00e8re, des boites de gants Jouvin, des flacons d&rsquo;eau de Botot, de vinaigre de Bully, des pots de pommade toute l&rsquo;avalanche enfin du progr\u00e8s parisien : des souliers sans couture, des v\u00eatements imperm\u00e9ables et\u00a0des cha\u00eenes de s\u00fbret\u00e9&#8230;. Tout cela est p\u00e8le-m\u00eale et sans ordre.<br \/>\nLes chaussures c\u00f4toient les conserves alimentaires ; le vin de Bordeaux se vieillit au contact du fromage de Roquefort ; la parfumerie s&#8217;embaume des suaves \u00e9manations des salaisons nantaises ; les montres battent leurs secondes entre deux p\u00e2t\u00e9s de foie gras ; les \u0153uvres de Lamartine -profanation !- s&rsquo;\u00e9tagent sur une montagne de cirage anglais !\u00a0\u00bb<br \/>\nQuant \u00e0 la population,<br \/>\n&#8230;. \u00ab\u00a0Le cr\u00e9ole est gai, affable, spirituel, avec une l\u00e9g\u00e8re teint\u00e9 d&rsquo;ironie et de raillerie dans l&rsquo;esprit, une certaine indolence dans ses affections, surtout un profond m\u00e9pris pour les races de couleur, une ex\u00e9cration saccharine de la betterave, de sa culture et de ses produits.<br \/>\nLe sexe fort est aussi laid \u00e0 Saint Pierre que partout ailleurs&#8230; (quant aux femmes)&#8230; fr\u00eales fleurs ab\u00eem\u00e9es qui s&rsquo;\u00e9panouissent et s&rsquo;\u00e9tiolent vite dans la serre chaude de ce climat.<br \/>\nA l&rsquo;\u00e2ge de quinze ans, ce ne sont d\u00e9j\u00e0 plus des enfants. Leur taille est fine, leurs mains mignonnes, leurs pieds microscopiques, car pour une cr\u00e9ole surtout, en fait de chaussure, le contenu doit tou-jours \u00eatre plus grand que le contenant. Elles cherchent toutes \u00e0 plaire&#8230;. sont d\u00e9pourvues d&rsquo;une grande vivacit\u00e9 d&rsquo;esprit, ont peu de litt\u00e9rature et ne se ressouviennent que d&rsquo;une \u00e9ducation \u00e9bauch\u00e9e.<br \/>\nL&rsquo;accablant soleil les rel\u00e8gue au fond des cases ombrag\u00e9es de manguiers s\u00e9culaires&#8230; A peine si elles lisent ou si elles brodent, \u00e0 peine si elles marchent, \u00e0 peine si elles entrouvrent les l\u00e8vres pour se plaindre de la chaleur du jour<br \/>\nEt (d\u00e9j\u00e0 !) on regrette \u00ab\u00a0le bon vieux temps\u00a0\u00bb<br \/>\nPour l&rsquo;\u00e9tranger qui d\u00e9barquait autrefois \u00e0 St Pierre, au lieu de se buter aux usages \u00e9tablis, il lui fallait, d\u00e8s le principe, avoir le bon esprit de s&rsquo;y plier. Le parall\u00e8le de la\u00a0France et de Bourbon d\u00e9plaisait aux cr\u00e9oles qui, dans leur for int\u00e9rieur, n&rsquo;osaient pas en convenir&#8230;. Le sacrifice de ses id\u00e9es personnelles co\u00fbtait donc peu au nouveau venu Aussi s&#8217;empressait-on de lui signer de tous c\u00f4t\u00e9s son passeport de bienvenue. On l&rsquo;installait dans un pavillon voisin. Un domestique \u00e9tait mis \u00e0 sa disposition&#8230;. Souvent m\u00eame, le soir, une belle esclave demi v\u00eatue venait lui apporter le band\u00e8ge (?) de tradition &#8230;. On l&rsquo;\u00e9veillait en lui pr\u00e9sentant une tasse de moka de la ravine des Cabris. Quinze jours s&rsquo;\u00e9taient \u00e0 peine \u00e9coul\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9tranger qu&rsquo;on lui d\u00e9cernait le dipl\u00f4me d&rsquo;ami de la maison&#8230; trois mois apr\u00e8s, il oubliait sa patrie, \u00e9pousait une cr\u00e9ole et se faisait planteur&#8230;<br \/>\nQue les temps ont chang\u00e9 aujourd&rsquo;hui ! L&rsquo;\u00e9mancipation en est la cause, et la sociabilit\u00e9 cr\u00e9ole est gravement compromise dans sa r\u00e9putation. L&rsquo;\u00e9tranger est maintenant un inconnu, un indiff\u00e9rent qui ne re\u00e7oit plus d&rsquo;autre hospitalit\u00e9 que celle de l&rsquo;h\u00f4tel. Gagner de l&rsquo;argent et fuir sous d&rsquo;autres cieux, telle est la nouvelle devise. Chacun est press\u00e9 d&rsquo;amasser d\u00e9sormais une laborieuse fortune afin de partir pour aller l&rsquo;asseoir en France sur un sol moins volcanis\u00e9 que la R\u00e9union.<br \/>\n(un vieux dit)&#8230;. \u00ab\u00a0Quelle transformation \u00e0 St Pierre ! On y mange comme Gargantua, on y boit comme Bassompierre, on y dort comme un loir, on y travaille comme un bas-breton, on n&rsquo;y parle que de la France et on n&rsquo;y d\u00e9sire plus que de piastres&#8230;.\u00a0\u00bb<br \/>\nComment y emploie-t-on ses loisirs ?<br \/>\nLe dimanche, les favoris\u00e9s de la fortune, les opulents de St Pierre s&rsquo;enfuient \u00e0 tire-d&rsquo;aile. Ils se retirent vers les hauts dans de d\u00e9licieux chalets tout peupl\u00e9s de statues, de dieux larres, de vases de fleurs, d&rsquo;arcades, de jets d&rsquo;eau murmurante, de clairs bassins, de papillons aux ailes diapr\u00e9es, de petits oiseaux au bec rose. L\u00e0, le climat est d\u00e9licieux, \u00e0 quinze cents m\u00e8tres au-dessus du niveau de la mer.<br \/>\nLa vie intellectuelle n&rsquo;existe pas&#8230; A part les occasions de quelques r\u00e9unions dansantes ou gastronomiques, on reste chez soi envelopp\u00e9 dans le d\u00e9corum de l&rsquo;\u00e9tiquette&#8230; Chacun vit comme le rat dans son fromage sans chercher \u00e0 fusionner, m\u00eame avec ses voisins. On se borne \u00e0 quelques saluts, \u00e0 quelques rares visites indispensables \u00e9chelonn\u00e9es de loin en loin. La journ\u00e9e d\u00e9pens\u00e9e en laborieux travaux, on s&rsquo;installe sur les nattes de la varangue, on se renverse dans un de ces fauteuils rotin\u00e9s invent\u00e9s par la nonchalance des Indiens de Pondich\u00e9ry, et l&rsquo;on s&rsquo;entoure de la floconneuse fum\u00e9e du manille opiac\u00e9. Tout en respirant \u00e0 plein c\u0153ur la brise fra\u00eeche qui souffle des montagnes, on laisse aller ses pens\u00e9es voltigeantes sur les spirales que l&rsquo;on repousse des l\u00e8vres tandis que dans le lointain le tam-tam mad\u00e9casse fait gronder son bruit sourd<br \/>\net saccad\u00e9 et que quelques refrains cr\u00e9oles arrivent sur les bouff\u00e9es de la brise. Voil\u00e0 le programme de l&rsquo;ann\u00e9e&#8230;.<\/p>\n<p>A l&rsquo;arriv\u00e9e du courrier, la ville s&rsquo;anime :<br \/>\nLe jour de l&rsquo;arriv\u00e9e du pacquet de Suez, la diligence descend au grand trot, de ses cinq mules du Poitou, la grande rue du quartier. Le postillon malabar fait claquer sa longue chabouque (sic). C&rsquo;est un jour de f\u00eate. Pendant vingt-quatre heures on d\u00e9laisse sa terne existence et ses d\u00e9sirs et ses regrets pour respirer la vie intellectuelle et vivace de la France. On partage ses sentiments, on embrasse ses haines, on \u00e9pouse ses pr\u00e9dilections, on subit ses impressions de joie ou de douleur&#8230;. Puis tout est dit&#8230; Le surlendemain du jour de l&rsquo;arriv\u00e9e, les nouvelles de la veille ont vieilli de dix ans, et l&rsquo;on compte avec tristesse les trente journ\u00e9es qu&rsquo;il faudra voir s&rsquo;\u00e9couler sans rien pour en couper la monotonie avant de retrouver \u00e0 nouveau ces bonheurs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.<br \/>\nLa vie paisible de la ville semble parfois s&rsquo;animer, en particulier les jours de festivit\u00e9 : le bal annuel de la mairie et la messe dominicale sont des occasions de rencontre.<br \/>\nEn hiver, un bal de souscription, un seul, vient sortir de leur sombre retraite les fra\u00eeches et floconneuses parures et faire r\u00eaver d&rsquo;amour les jeunes filles tout le reste de l&rsquo;ann\u00e9e. La salle de la mairie est le th\u00e9\u00e2tre de ces f\u00eates<br \/>\nQuant aux d\u00e9tails, ils sont partout les m\u00eames : des lumi\u00e8res, des couronnes de fleurs et de verdure, des draperies, des bijoux, des dentelles, des flots de mousseline, de belles jeunes filles blondes aux yeux bleus, brunes aux longs cheveux noirs, des regards humides sous des cils ombrageux, de tendres serrements de mains. Fn repoussoir, du mauvais go\u00fbt, de grands danseurs secs et vetus de noir, lourds papillons aux ressorts d&rsquo;acier.<br \/>\nMais ces r\u00e9unions n&rsquo;arrivent qu&rsquo;\u00e0 de rares occasions&#8230; Aussi les s\u00e9ducteurs, les beaux du quartier ne peuvent-ils compter que sur le plaisir hebdomadaire de la sortie de la messe le dimanche. C&rsquo;est l\u00e0 que se continuent les romans \u00e9bauch\u00e9s au bal de l&rsquo;hiver.<br \/>\nLes s\u00e9duisantes cr\u00e9oles arrivent en voiture d\u00e9couverte (le pauvre palanquin n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus qu&rsquo;un souvenir fun\u00e9raire) avec le d\u00e9licieux chapeau de paille d&rsquo;Italie, le ch\u00e2le alg\u00e9rien, les cinquante m\u00e8tres de volants indispensables, pour \u00e9couter, pieusement dit-on, le service de la messe.<br \/>\nPeu \u00e0 peu. la place de l&rsquo;\u00e9glise devient le rendez-vous des jeunes gens du quartier. L\u00e0&#8230; on rencontre de jeunes fats de mauvais go\u00fbt qui dans leur na\u00efvet\u00e9 exotique, se figurent que, pour \u00eatre \u00e9l\u00e9gant il suffit de porter une canne impossible, de ganter le N\u00b0 7 (?), d&rsquo;habiller des gilets prodigieux, de s&rsquo;indiquer la raie au milieu et de se tenir empes\u00e9 comme une poup\u00e9e de collectionneur<br \/>\nSous un soleil de plomb, sous l&rsquo;ombre protectrice du parasol de soie blanche, tous se prom\u00e8nent, attendent discutent et fument.<\/p>\n<p>La messe termin\u00e9e, le tambour vient proclamer les mariages, puis la foule s&rsquo;\u00e9coule lentement de l&rsquo;humble \u00e9glise. C&rsquo;est alors que tous les impatients de ce fortun\u00e9 moment se pr\u00e9cipitent pour former les deux rangs de la haie vivante entre laquelle doit d\u00e9filer, par escouades de cinq ou six personnes, tout le contenu de la paroisse.<\/p>\n<p>&#8230;. Les graves mamans fournissent d&rsquo;ordinaire l&rsquo;arri\u00e8re-garde&#8230;. les demoiselles sortent en taille, la plupart habill\u00e9es\u00a0du corsage de la vierge, ombrag\u00e9es d&rsquo;une marquise, ballonn\u00e9es de jupons complaisants&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/p>\n<p>De temps \u00e0 autre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de quelque figure d\u00e9cr\u00e9pite par l&rsquo;\u00e2ge se glisse un frais minois bien doux&#8230; Vient ensuite la femme de Balzac, jaunie, ennuy\u00e9e, ridicule, attachant chaque ann\u00e9e une \u00e9pingle \u00e0 sa coiffure de Sainte Catherine&#8230;. Les mauvaises langues vont leur train Puis quelque voisin vous renfonce les c\u00f4tes de son coude anguleux pour vous rappeler les 20 000 gaulettes du contrat de Melle X. \u00a0 de&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais quittons cette description souvent partiale, et revenons au r\u00e9veil de la Bienfaisance.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es de sommeil, la Bienfaisan\u00adce verra reprendre ses activit\u00e9s. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de Ma\u00e7ons, en octobre 1862, demande la r\u00e9ouverture de la Loge dans une lettre adress\u00e9e au Grand Orient de France, en ces termes :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a plusieurs ann\u00e9es, quelques enfants de la Veuve, diss\u00e9min\u00e9s dans la vall\u00e9e de Saint Pierre s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9unis pour \u00e9lever \u00e0 leur Orient un Temple au Grand Architecte de l&rsquo;Univers avec le titre distinctif de \u00ab\u00a0La Bienfaisance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A trente lieues de la v\u00e9n\u00e9rable loge \u00ab\u00a0La Parfaite Har\u00admonie\u00a0\u00bb, situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;orient de Saint Denis, ils s&rsquo;adress\u00e8rent comme aujourd&rsquo;hui au Grand Orient pour obtenir des Constitutions, afin de pouvoir ex\u00e9cuter les travaux, la r\u00e8gle, l&rsquo;\u00e9querre et le compas \u00e0 la main.<\/p>\n<p>La Respectable Loge \u00ab\u00a0La Bienfaisance\u00a0\u00bb vit plus tard avec douleur son temple ferm\u00e9 et depuis, architecte et ouvriers ont d\u00e9pos\u00e9 leurs outils.<\/p>\n<p>Cependant, honteux de leur oisivet\u00e9, ils br\u00fblent du d\u00e9sir de s&rsquo;occuper de la Grande Oeuvre, qui int\u00e9resse tous les vrais ma\u00e7ons, et de resserrer aussi les liens de fraternit\u00e9 qui r\u00e9unissent sur la surface du globe les Enfants de la Veuve, et ils s&rsquo;engagent d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 se conformer strictement aux r\u00e8glements g\u00e9n\u00e9raux, aux d\u00e9crets \u00e9man\u00e9s ou \u00e0 \u00e9maner de votre autorit\u00e9 dogmatique, et no\u00adtamment \u00e0 fournir tous les m\u00e9taux et contributions annuels que ces\u00a0d\u00e9crets exigent ou pourraient exiger.<\/p>\n<p>Ils viennent donc vous prier de leur d\u00e9livrer une charte grav\u00e9e dans votre atelier trois fois honorable et par laquelle ils seraient autoris\u00e9s \u00e0 recommencer leurs travaux.<\/p>\n<p>La Loge reprendra le nom distinctif \u00ab\u00a0La Bienfaisance\u00a0\u00bb et les nombreux ouvriers apporteront autant de z\u00e8le \u00e0 l&rsquo;ouvrage que d&#8217;empressement \u00e0 tendre une main fraternelle et charitable \u00e0 tous les ma\u00e7ons dans la peine et m\u00eame aux profanes qui voudront\u00a0accepter les offres de la Bienfaisance qui toujours les animera&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces ma\u00e7ons saint-pierrois se font repr\u00e9senter par un fr\u00e8re parisien, le fr\u00e8re Grachet, qui appuie lui-m\u00eame leur demande aupr\u00e8s des hautes instances du Grand Orient. Il semble d&rsquo;ailleurs que ce soit sur son initiative qu&rsquo;aura lieu ce r\u00e9veil si on en juge par les termes d&rsquo;une lettre que le fr\u00e8re Reilhac lui adresse le 5 Septembre 1862 :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis votre aimable invitation \u00e0 faire nos efforts pour r\u00e9unir les quelques ma\u00e7ons de Saint Pierre pour arriver au r\u00e9veil de la Loge endormie depuis longtemps, je suis parvenu \u00e0 r\u00e9aliser votre pens\u00e9e et je viens vous demander l&rsquo;\u00e9minent service&#8230; de faire la plus grande diligence dans les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour notre installation aupr\u00e8s du Grand Orient\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La demande de r\u00e9ouverture est dat\u00e9e du 27 Octobre 1862. Bien que non officiellement install\u00e9e, (il le sera en Ao\u00fbt 1863) l&rsquo;atelier se r\u00e9unit r\u00e9guli\u00e8rement et semble pris d&rsquo;une v\u00e9ritable fringale d&rsquo;initiation. Nous pouvons en juger par le calendrier tr\u00e8s charg\u00e9 de ces initiations donn\u00e9es entre Octobre 1862 et Ao\u00fbt 1863.<\/p>\n<p>Parmi ces nouveaux initi\u00e9s, 12 sont pass\u00e9s du stade de profane au grade de Ma\u00eetre en moins de 7 mois ! 6 ont m\u00eame atteint le grade de Rose-Croix (sans doute conf\u00e9r\u00e9 par le Chapitre de Saint-Denis, celui de Saint Pierre n&rsquo;ouvrant qu&rsquo;en 1864). Le record est battu par le fr\u00e8re F\u00e9lix Orr\u00e9, pass\u00e9 en 3 mois de profane \u00e0 Rose-Croix !<\/p>\n<p>Le 3 Mars 1863 a lieu l&rsquo;\u00e9lection des Officiers.<\/p>\n<p>Le samedi 22 Ao\u00fbt 1863 sera pour les fr\u00e8res de la Bienfaisance une journ\u00e9e m\u00e9morable : celle de l&rsquo;allumage de leurs feux. Dans la soci\u00e9t\u00e9 saint-pierroise, ce fut certainement un \u00e9v\u00e8nement. Le journal local parle \u00ab\u00a0du drapeau national d\u00e9ploy\u00e9 sur la porte coch\u00e8re de l&#8217;emplacement qui renferme la loge ma\u00e7onnique de la Bienfaisance&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.. qui f\u00eate la reconnaissance de la Loge par une commission venue de Saint Denis&#8230;.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Prenant tout d&rsquo;abord la parole, le fr\u00e8re Orateur, s&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e en invoquant le Grand Architecte de l&rsquo;Univers, en ces termes :<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Architecte divin de ce vaste univers<\/p>\n<p>Qui r\u00e9v\u00e8lesta gloire aux bons comme aux pervers, Toi, dont la main puissante et toujours paternelle<\/p>\n<p>Toi, qui veux entre tous l&rsquo;union fraternelle, Jehovah ! sois b\u00e9ni de l&rsquo;univers entier !<\/p>\n<p>Daigne jeter les yeux sur notre humble atelier ! Prot\u00e8ge nos travaux, allume dans notre \u00e2me<\/p>\n<p>De la sainte vertu l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lique flamme ! Fais enfin, 8 dieu bon, que la fraternit\u00e9 Sois toujours entre nous une r\u00e9alit\u00e9 ! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le V\u00e9n\u00e9rable Reilhac porte ensuite un toast \u00e0 l&rsquo;Empe\u00adreur Napol\u00e9on III et \u00e0 sa famille en ces termes :<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Tr\u00e8s chers fr\u00e8res,<\/p>\n<p>Je crois \u00eatre l&rsquo;interpr\u00e8te fid\u00e8le de vos sentiments en vous invitant \u00e0 vous associer \u00e0 moi pour payer un juste tribut de respect et de reconnaissance au puissant g\u00e9nie qui retira la France du bourbier sanglant des r\u00e9volutions et sut la couvrir d&rsquo;une gloire immortelle. Sauv\u00e9e une deuxi\u00e8me fois de l&rsquo;anarchie et repla\u00adc\u00e9e par un Napol\u00e9on au premier rang des nations, la France nous commande, pour ce nom glorieux, cet indicible attachement qui de\u00advient, dans les coeurs g\u00e9n\u00e9reux, une sorte de culte pour les g\u00e9nies conservateurs des grandes nations. Sur ces terrains glorieux o\u00f9 les lauriers fleurissent pour nos arm\u00e9es, unissons-nous de c\u0153ur, mes fr\u00e8res, avec la France toute enti\u00e8re dans un sentiment unanime d&rsquo;enthousiasme pour la grandeur de nos triomphes, pour l&rsquo;invincible courage de notre arm\u00e9e et pour la magnanimit\u00e9 de l&rsquo;Empereur. Souvent \u00e9clair\u00e9s et r\u00e9chauff\u00e9s par les rayons de gloire de la m\u00e8re-patrie, accueillons, mes fr\u00e8res, avec transport et bonheur ce v\u0153u si cher\u00a0\u00e0 la France et que le sentiment de reconnaissance qui d\u00e9borde de nos poitrines se traduise par cette acclamation : \u00ab\u00a0Vive l&rsquo;Empereur ! Vive la dynastie imp\u00e9riale ! Vive la France ! Vive l&rsquo;arm\u00e9e !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et le fr\u00e8re Secr\u00e9taire qui raconte la sc\u00e8ne ajoute : \u00ab\u00a0Ce discours re\u00e7oit les plus vives acclamations\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me toast est port\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9 du Grand Ma\u00eetre de l&rsquo;Ordre, le Mar\u00e9chal Magnan, et le V\u00e9n\u00e9rable le fait en ces ter\u00admes :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La sant\u00e9 que j&rsquo;ai la faveur de vous proposer est celle du Tr\u00e8s Illustre Grand Ma\u00eetre de l&rsquo;Ordre, du Mar\u00e9chal Magnan, l&rsquo;une des gloires militaires de notre belle et noble France, du Mar\u00e9chal Magnan, le g\u00e9n\u00e9reux propagateur des id\u00e9es pacifiquement lib\u00e9rales et sainement philanthropiques, du Mar\u00e9chal Magnan qui, dans une circonstance solennelle, pronon\u00e7a ces paroles remarquables et rassu\u00adrantes pour notre libert\u00e9 ma\u00e7onnique : \u00ab\u00a0Bien que j&rsquo;aie \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9<\/p>\n<p>en dehors des termes de votre Constitution, assurez-vous que je suis aussi ind\u00e9pendant que si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par vous-m\u00eames. Je n&rsquo;aurais point accept\u00e9 un mandat qui aurait li\u00e9 ma libert\u00e9. En acceptant les fonctions de Grand Maitre, j&rsquo;ai pens\u00e9 et j&rsquo;ai eu la volont\u00e9 de faire le bien&#8230;.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le V\u00e9n\u00e9rable propose ensuite un toast \u00e0 la sant\u00e9 des Officiers de la Loge. Il leur demande leur concours dans la lourde t\u00e2che qui est la sienne. Le fr\u00e8re Orateur lui r\u00e9pond :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Officiers dignitaires de cette Loge vous remer\u00adcient de la sant\u00e9 que vous venez de leur porter. Vous nous connais\u00adsez tous particuli\u00e8rement ; deux d&rsquo;entre eux sont vos amis, les deux autres sont vos employ\u00e9s&#8230;. Vous verrez que dans toutes les circonstances, vous pouvez compter sur notre entier d\u00e9vouement. Vous \u00eates le capitaine de notre pacifique arm\u00e9e, nous sommes vos h\u00e9ritiers. Commandez, nous \u00e9x\u00e9cuterons ; marchez, nous vous suivrons. Car nous sommes enti\u00e8rement convaincus que vous ne pouvez jamais rien faire qui ne soit juste, bon et n\u00e9cessaire au bien comme \u00e0 la dignit\u00e9 de notre atelier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette installation m\u00e9morable, les travaux conti\u00adnuent \u00e0 La Bienfaisance. Quelques nouveaux membres viennent orner les colonnes, si bien qu&rsquo;au tableau de 1864, l&rsquo;atelier compte 37 membres.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e 1864, sera pour les Francs-Ma\u00e7ons de Saint Pierre une ann\u00e9e de travail, et leurs objectifs porteront sp\u00e9cialement sur deux points : l&rsquo;am\u00e9nagement d&rsquo;un nouveau local et l\u2019installation d&rsquo;un chapitre.<\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons pratiquement aucun renseignement sur le lieu o\u00f9 se r\u00e9unissait La Bienfaisance. Une rue de Saint Pierre portant le nom de \u00ab\u00a0rue de la Loge\u00a0\u00bb, on serait tent\u00e9 d&rsquo;y voir une allusion \u00e0 une loge ma\u00e7onnique ; il n&rsquo;en est rien. La \u00ab\u00a0loge\u00a0\u00bb en question \u00e9tait une caserne, entour\u00e9e de magasins, construite par Gabriel Dejean vers 1739. Le terme de \u00ab\u00a0loge\u00a0\u00bb a d&rsquo;ailleurs d\u00e9sign\u00e9 longtemps le palais du gouverneur \u00e0 Saint Denis, renforc\u00e9 en 1738 par la construction de magasin et de casernes.<\/p>\n<p>Les pi\u00e8ces envoy\u00e9es par la Bienfaisance au Grand Orient en 1863 portent l&rsquo;adresse de la Loge : rue des Moulins.<\/p>\n<p>En 1864, il semble que le local soit devenu trop exigu et on songe \u00e0 une construction nouvelle.<\/p>\n<p>Le fr\u00e8re Gabriel Prudent lance l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une loterie pour subvenir aux frais de cette construction :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avec 30 000 Frs, nous pourrions faire l&rsquo;acquisition d&rsquo;un terrain et y \u00e9difier un modeste temple que nos ressources ul\u00adt\u00e9rieures se chargeraient d&#8217;embellir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il propose donc l&rsquo;\u00e9mission de 8 000 billets de loterie vendus 5 Frs pi\u00e8ce, ce qui donnera 40 000 Frs de recette. En r\u00e9ser\u00advant 10 000 Frs pour les lots, le b\u00e9n\u00e9fice atteindra les 30 000 Frs n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>On demande donc au Conseil de l&rsquo;Ordre l&rsquo;autorisation d&rsquo;organiser cette loterie, avec les motifs suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La ville de Saint Pierre prend en effet un accroissement consid\u00e9rable : son port va s&rsquo;achever et deviendra le rendez-vous de tous les capitaines qui naviguent dans nos mers , presque tous sont ma\u00e7ons. Ils viendront nous visiter. Comment les recevoir dignement dans un local si \u00e9troit et si peu en rapport avec les besoins qui vont na\u00eetre ? Et n&rsquo;est-il pas de notre dignit\u00e9 d&rsquo;avoir un temple \u00e0 la hauteur de notre sublime maison ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;autorisation est accord\u00e9e en juillet 1865 et La Bienfaisance b\u00e2tira son temple. Les travaux commenceront l&rsquo;ann\u00e9e suivante : le Courrier de Saint Pierre, hebdomadaire local, annonce dans son num\u00e9ro du 10 Mai 1866 :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Loge La Bienfaisance de Saint Pierre s&rsquo;agrandit. D\u00e9j\u00e0, le local o\u00f9 s&rsquo;assemblaient les Francs-Ma\u00e7ons ne leur suffit plus. Un nouveau local est sur le point d&rsquo;\u00eatre \u00e9difi\u00e9 sur l\u2019emplacement m\u00eame de l&rsquo;ancien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>et l&rsquo;article ajoute :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;anath\u00e8me lanc\u00e9 par le Saint P\u00e8re contre ces m\u00e9cr\u00e9ants aurait-il par hasard, produit l&rsquo;effet contraire \u00e0 celui qu&rsquo;il es\u00adp\u00e8rait ? Nous le craignons bien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cet article fait allusion \u00e0 l&rsquo;allocution prononc\u00e9e\u00a0par le Pape dans le Consistoire secret du 25 Septembre 1865, allocution reproduite par les journaux de la R\u00e9union ; Pie IX, pourtant initi\u00e9 lui m\u00eame dans une loge de Palerme, y \u00e9voquait :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette soci\u00e9t\u00e9 perverse d&rsquo;hommes appel\u00e9e ma\u00e7onnique qui&#8230;. a fini par se faire jour&#8230;. pour la ruine commune de la religion et de la soci\u00e9t\u00e9 humaine&#8230; ces hommes d\u00e9prav\u00e9s qui, \u00e0\u00a0l&rsquo;aide des soci\u00e9t\u00e9s ci-dessus mentionn\u00e9es, se livrent \u00e0 des actes impies et criminels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ne nous trompons pas sur le ton du Courrier de Saint Pierre. Cet hebdomadaire, sortant des presses de l&rsquo;imprimerie Ar\u00admanet, sera toujours favorable aux Francs-Ma\u00e7ons, et on peut y\u00a0lire des articles souvent \u00e9logieux, toujours bienveillants sur l&rsquo;ac\u00adtivit\u00e9 de la loge de Saint Pierre. D&rsquo;ailleurs, apr\u00e8s 1866, le \u00ab\u00a0Professeur d&rsquo;humanit\u00e9s demand\u00e9 par la commune de Saint Pierre\u00a0\u00bb, le fr\u00e8re Jantet y r\u00e9digera des articles o\u00f9 transpara\u00eet ]&rsquo;id\u00e9al ma\u00e7on\u00adnique, et Armanet, fils de franc-ma\u00e7on et \u00e9ditorialiste qui y tient la rubrique locale, ne manque pas de d\u00e9fendre les id\u00e9es ch\u00e8res \u00e0\u00a0la franc-ma\u00e7onnerie.<\/p>\n<p>Le 15 Mai 1865, l&rsquo;atelier envoie au Grand Orient pour approbation ses propositions de r\u00e8glement int\u00e9rieur. Voyons-en quelques points :<\/p>\n<ul>\n<li>les s\u00e9ances ont lieu le 1er et le 3\u00e8 samedis de chaque mois (\u00e0 partir de 1872. les jours de tenues seront les 2\u00e8 et 4\u00e8 lundis)<\/li>\n<li>des jetons nominatifs sont attribu\u00e9s \u00e0 chaque pr\u00e9sence.<\/li>\n<li>les fr\u00e8res trop souvent absents recevront de la part du V\u00e9n\u00e9rable une \u00ab\u00a0admonestation convenable\u00a0\u00bb<\/li>\n<li>le conseil d&rsquo;administration, compos\u00e9 des cinq lumi\u00e8res de l&rsquo;atelier veillera \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat des finances du groupe.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1869 fut pour les Francs-Ma\u00e7ons saint-pierrois une ann\u00e9e bien remplie. La loge avait-elle atteint \u00ab\u00a0sa vitesse de croisi\u00e8re\u00a0\u00bb ? Les membres qui la composaient \u00e9taient-ils particu\u00adli\u00e8rement dynamiques ? Si cette ann\u00e9e nous appara\u00eet si charg\u00e9e,est\u00adce seulement parce que les documents la concernant abondent ? Toujours est-il que les activit\u00e9s des Ma\u00e7ons au cours de 1869 nous donnent une id\u00e9e du r\u00f4le jou\u00e9 par la Franc-Ma\u00e7onnerie dans la ca\u00adpitale du Sud. Essayons d&rsquo;en voir quelques aspects.<\/p>\n<p>Pour commencer, nous ne pouvons r\u00e9sister au plaisir de vous narrer les aventures des \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;Air\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 10 Avril arrive \u00e0 St Denis, venant de Maurice, le vapeur Emyrne ayant \u00e0 son bord une troupe d&rsquo;acrobates : les Fils\u00a0de l&rsquo;Air. Puis cette troupe gagne Saint Pierre et s&rsquo;installe sur la place. Apr\u00e8s une premi\u00e8re repr\u00e9sentation, le journal local ne tarit pas d&rsquo;\u00e9loges sur l&rsquo;habilet\u00e9 des artistes :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les affiches n&rsquo;ont pas menti : elles ont dit la v\u00e9rit\u00e9, toute la v\u00e9rit\u00e9, rien que la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Oui, Mr Ibanez fait des tours de force hercul\u00e9ens. Il est d&rsquo;ailleurs b\u00e2ti en Hercule, cet homme ! Ses membres sont faits pour la vigueur. Il peut supporter sans trop de peine un boulet de 35 livres au bout de son bras tendu horizontalement.<\/p>\n<p>Oui, Messieurs Diaz et Corr\u00e9a font des tours qui prou\u00advent beaucoup de force, d&rsquo;adresse et d&rsquo;agilit\u00e9 sur le double trap\u00e8\u00adze ; ils sont surtout tr\u00e8s gracieux dans leurs mouvements\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et le journal ajoute :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi donc les dames ne viennent-elles pas embellir de leur pr\u00e9sence ces r\u00e9unions ? On s&rsquo;y tient parfaitement bien. Il y a beaucoup d&rsquo;ordre et il y en aurait certainement plus encore si elles \u00e9taient l\u00e0&#8230;.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;autres repr\u00e9sentations ont lieu les jours suivants, mais les dames les boudent toujours. Enfin le 17 Juin, le journal triomphe :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Enfin, les dames se sont rendues \u00e0 la derni\u00e8re repr\u00e9\u00adsentation des Fils de l&rsquo;Air. Quelqu&rsquo;un avait eu l&rsquo;aimable attention de louer toutes les premi\u00e8res places et de les replacer aux familles au prix de location&#8230;. Aussi ces places r\u00e9serv\u00e9es ont-elles \u00e9t\u00e9 prises avec empressement&#8230;. Mais comme ces pauvres dames n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 heureuses ! La pluie n&rsquo;a pas voulu leur permettre de voir la repr\u00e9sentation en entier. Elle est venue tomber juste au moment o\u00f9 on allait ex\u00e9cuter les derniers tours&#8230;. Il a fallu&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230; d\u00e9camper<\/p>\n<p>au milieu de la pluie et &lsquo;le la boue&#8230;.<\/p>\n<p>Cette troupe donna plusieurs repr\u00e9sentations dont l&rsquo;une au profit des pauvres, et utilisa m\u00eame plusieurs jeunes saint pier\u00adrois dans des tours d&rsquo;adresse et d&rsquo;acrobatie.<\/p>\n<p>La troupe repartit le 26 Ao\u00fbt 1869, mais auparavant, trois de ses membres re\u00e7urent la lumi\u00e8re dans la loge La Bienfai\u00adsance : Jos\u00e9 Ibanez, Ventura Diaz et Manoel Corr\u00e9a (que le tableau de 1869 qualifie \u00ab\u00a0d&rsquo;artistes gymnarsiarques\u00a0\u00bb) furent initi\u00e9s le\u00a024 Ao\u00fbt et re\u00e7urent m\u00eame le grade de Ma\u00eetre deux jours plus tard, le jour m\u00eame de leur d\u00e9part.<\/p>\n<p>Mais les \u00ab\u00a0jeux du cirque\u00a0\u00bb ne sont pas les seules dis\u00adtractions des Ma\u00e7ons de Saint Pierre ; ils organisent aussi des r\u00e9unions artistiques d&rsquo;un autre niveau.<\/p>\n<p>Le 10 Juin, un concert est organis\u00e9 par les Ma\u00e7ons et le journal local l&rsquo;annonce :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est dimanche prochain que doit se donner le concert pour les pauvres, \u00e0 la loge La Bienfaisance de Saint Pierre.<\/p>\n<p>Avons-nous besoin d&rsquo;inviter les dames \u00e0 ne pas manquer \u00e0 l&rsquo;appel que leur font les Ma\u00e7ons de St Pierre ? Secourir les pauvres ! Venir en aide \u00e0 la mis\u00e8re ! N&rsquo;y a-t-il pas l\u00e0 de quoi\u00a0attirer beaucoup de monde ? Et le programme ne serait-il pas assez attrayant par lui-m\u00eame si l&rsquo;amour de la charit\u00e9 avait besoin de sti\u00admulant ?<\/p>\n<p>Venez donc en foule, Mesdames ! Venez verser votre obole au tronc des pauvres. Cette obole soulagera peut-\u00eatre une grande mis\u00e8re ! Vous aurez peut-\u00eatre \u00e9vit\u00e9 bien des larmes \u00e0 une pauvre m\u00e8re dont la petite famille demande du pain !<\/p>\n<p>Voici au surplus le programme du concert :<\/p>\n<ul>\n<li><u>Premi\u00e8re partie<\/u> :<\/li>\n<li>I) Ouverture sur des motifs de la Favorite<\/li>\n<li>II) Conf\u00e9rence scientifique : Mr C&#8230;.<\/li>\n<li>III) Cinqui\u00e8me air vari\u00e9 de B\u00e9riot : M.D&#8230;.<\/li>\n<li>IV) Sonate path\u00e9tique de Beethoven par Melle F&#8230;<\/li>\n<li>V) Duo de Norma (chant) par Melles F&#8230; et C&#8230;<\/li>\n<li><u>Deuxi\u00e8me partie<\/u> :<\/li>\n<li>I) Ouverture sur des motifs de La Favorite<\/li>\n<li>II) Cavatine de Robert le Diable (chant) par Melle F..<\/li>\n<li>III) Conf\u00e9rence litt\u00e9raire de M. J&#8230;<\/li>\n<li>IV) Air vari\u00e9 sur la fl\u00fbte : M. D&#8230; &#8211; V) Grand air des Martyrs (chant) : Melle C&#8230;<\/li>\n<li>VI) Galop de bravoure, de Schulhoff, par Melle F..<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette repr\u00e9sentation eut certainement du succ\u00e8s puis\u00adque la recette s&rsquo;\u00e9leva \u00e0 500 Frs et que, quelques jours plus tard, le Courrier de St Pierre put \u00e9crire :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il sera minuit dans quelques instants. Nous venons du troisi\u00e8me concert donn\u00e9 par les Francs-Ma\u00e7ons au profit des pauvres. &#8230;. la salle \u00e9tait comble, les bancs pleins partout et certaine\u00adment l&rsquo;on aurait pu craindre avec quelques raisons qu&rsquo;il y eut peu de monde, car la pluie \u00e9tait tomb\u00e9e assez forte quelques moments avant l&rsquo;heure fix\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 le talent des diff\u00e9rents artistes, le chroniqueur ajoute :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous l&rsquo;avons dit en d\u00e9butant : cette soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 des plus agr\u00e9ables ; que Messieurs les Ma\u00e7ons en donnent souvent comme celle-l\u00e0 et ils sont s\u00fbrs d&rsquo;attirer toujours beaucoup de monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Puis, au sujet de la conf\u00e9rence de Paul Cudenet, il \u00e9crit :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est la narration d&rsquo;un voyage dans la lune. Le conf\u00e9\u00adrencier y monte avec des dames auxquelles, bien entendu, il a demand\u00e9 la permission de les accompagner ; il leur explique les mouvements de rotation de la lune et de la terre, les divers ph\u00e9nom\u00e8nes qui s&rsquo;op\u00e8rent \u00e0 cet effet. La lune est-elle habitable ? Est-elle habit\u00e9e ? Toutes ces diverses questions ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es et expli\u00adqu\u00e9es avec simplicit\u00e9 et mises \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-115\" src=\"https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Cudenet-Sanglier-St-Pierre-01-Coll-E-Boulogne2-1-175x300.jpg\" alt=\"cudenet-sanglier-st-pierre-01-coll-e-boulogne2-1\" width=\"175\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Cudenet-Sanglier-St-Pierre-01-Coll-E-Boulogne2-1-175x300.jpg 175w, https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Cudenet-Sanglier-St-Pierre-01-Coll-E-Boulogne2-1-768x1313.jpg 768w, https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Cudenet-Sanglier-St-Pierre-01-Coll-E-Boulogne2-1-599x1024.jpg 599w, https:\/\/labienfaisance.re\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Cudenet-Sanglier-St-Pierre-01-Coll-E-Boulogne2-1.jpg 963w\" sizes=\"auto, (max-width: 175px) 100vw, 175px\" \/><\/p>\n<p>L&rsquo;autre conf\u00e9rence, prononc\u00e9e par M. Jantet, Professeur au coll\u00e8ge, sur Erckmann-Chatrian, semble avoir remport\u00e9 moins de succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Cette soir\u00e9e eut des cons\u00e9quences que les Francs-Ma\u00e7ons n&rsquo;avaient certainement pas pr\u00e9vues. Le clerg\u00e9 local, en l&rsquo;occurence l&rsquo;abb\u00e9 Carm\u00e9n\u00e9, cur\u00e9 de St Pierre, accusa le conf\u00e9rencier d&rsquo;avoir, dans sa conf\u00e9rence sur le ciel, \u00ab\u00a0attaqu\u00e9 la religion\u00a0\u00bb. Armanet, dans le journal local, r\u00e9pond avec humour :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons pu enfin nous procurer le texte de la conf\u00e9\u00adrence de M. Cudenet que nous avions d\u00e9j\u00e0 entendue \u00e0 la loge et nous y avons cherch\u00e9 vainement, comme tout le monde, les pr\u00e9tendues atta\u00adques faites \u00e0 la religion. Il s&rsquo;agissait bien du ciel, mais \u00e0 un point de vue tout \u00e0 fait astronomique. Reproche-t-on au conf\u00e9rencier d&rsquo;avoir emmen\u00e9 les dames qui l&rsquo;\u00e9coutaient dans ces r\u00e9gions \u00e9th\u00e9r\u00e9es sans avoir fait viser leurs passeports par les a&rsquo;itorit\u00e9s comp\u00e9ten\u00adtes ? D&rsquo;abord, nous sommes s\u00fbrs que les papiers \u00e9taient en r\u00e8gle,\u00a0et puis on partait pour un si court voyage ! L&rsquo;accusation d&rsquo;avoir commis une h\u00e9r\u00e9sie en disant que la terre tourne est d\u00e9pass\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, nouvel incident : l&rsquo;\u00e9v\u00e8que, Monseigneur Maupoint visite les paroisses du sud et est re\u00e7u par le cur\u00e9 de St Pierre. Dans son discours d&rsquo;accueil, celui-ci attaque les Francs-Ma\u00e7ons qu&rsquo;il traite de \u00ab\u00a0loups\u00a0\u00bb ; il attaque de m\u00eame le Courrier de St Pierre qui r\u00e9pond :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230;. Nous \u00e9tions \u00e0 deux pas de vous, nous vous avons parfaitement entendu. Vous devez avoir entendu aussi, Monsieur, le murmure d\u00e9sapprobateur qui s&rsquo;est manifest\u00e9 tout autour de vous ; vous avez sans doute compris toute l&rsquo;\u00e9loquence d&rsquo;un coup de sifflet que nous avons \u00e9t\u00e9 un des premiers \u00e0 bl\u00e2mer, mais qui n&rsquo;a pas moins \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 en r\u00e9ponse aux attaques que vous avez faites \u00e0 des person\u00adnes tr\u00e8s honorables et haut plac\u00e9es qui accompagnaient votre cort\u00e8\u00adge<\/p>\n<p>&#8230;. Fort heureusement, nous nous sommes trouv\u00e9s en bonne compagnie : nous n&rsquo;avons pas \u00e9t\u00e9 seul \u00e0 supporter le poids de votre anath\u00e8me. Merci, Monsieur, merci de nous avoir calomni\u00e9 en m\u00eame temps que les Francs-Ma\u00e7ons. Merci d&rsquo;avoir aboy\u00e9 -ah ! pardon ! mais ce mot et ceux qui suivent sont de vous- Nous n&rsquo;aurions pas voulu les choisir dans l&rsquo;Evangire et serions tout honteux de vous les adresser. Merci d&rsquo;avoir \u00ab\u00a0aboy\u00e9\u00a0\u00bb contre nous tous comme un \u00ab\u00a0chien\u00a0\u00bb. Merci de nous avoir plac\u00e9 au milieu des loups !<\/p>\n<p>Avouez, Monsieur, que vous n&rsquo;avez pas \u00e9t\u00e9 heureux dans le choix de vos expressions. Vous appelez des \u00ab\u00a0loups\u00a0\u00bb Messieurs les Francs-Ma\u00e7ons ! Des loups, ceux-l\u00e0 auxquels vous tendez la main tous les jours ! Des loups, plusieurs notabilit\u00e9s de la commune de Saint Pierre auxquelles vous demandez tous les jours des services ! Des loups, ceux-l\u00e0 qui ont tenu les cordons de votre dais le jour de la procession de la F\u00eate-Dieu ! Des loups, ces vieillards \u00e0 cheveux blancs que tout le monde respecte ici ! Des loups, toutes ces per\u00adsonnes que vous aviez en face de vous, derri\u00e8re Monseigneur l&rsquo;Ev\u00e8que, et auxquelles vous n&rsquo;avez pas craint de jeter l&rsquo;injure, abrit\u00e9 par la majest\u00e9 du lieu o\u00f9 vous \u00e9tiez ! Des loups, ceux-l\u00e0 que vous avez invit\u00e9 \u00e0 venir \u00e0 votre table le lendemain de l&rsquo;arriv\u00e9e de Monseigneur l&rsquo;Ev\u00e8que !<\/p>\n<p>&#8230; Il ne nous appartient pas de relever ce d\u00e9menti&#8230; que vous leur avez lanc\u00e9 en leur disant qu&rsquo;ils \u00ab\u00a0donnaient des con\u00adcerts soi-disant pour les pauvres\u00a0\u00bb. A eux le soin de se d\u00e9fendre s&rsquo;ils le croient n\u00e9cessaire. Quant \u00e0 nous, nous avons fait en vous\u00a0\u00e9coutant cette r\u00e9flexion : \u00ab\u00a0La pers\u00e9cution est m\u00e8re de la r\u00e9sistance\u00a0\u00bb. Nous prenons \u00e0 t\u00e9moin ces cinq nouvelles r\u00e9ceptions dans la Ma\u00e7onne\u00adrie qui ont \u00e9t\u00e9 accord\u00e9es samedi soir \u00e0 cinq personnes des plus hono\u00adrables et des mieux plac\u00e9es de la commune\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>-Quand le cur\u00e9 de Saint Pierre qualifie de \u00ab\u00a0loups\u00a0\u00bb les Francs-Ma\u00e7ons, il ne sait sans doute pas que, parmi eux, se trouvent le maire, deux de ses adjoints, quatre conseillers municipaux, et m\u00eame trois membres de son propre conseil de fabrique, toutes personnes \u00e0 qui, effectivement, il devait avoir assez souvent \u00e0 demander quelque service !<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, en Ao\u00fbt 1869, les Francs-Ma\u00e7ons pr\u00e9parent un nouveau concert, avec un programme aussi at\u00adtrayant que le pr\u00e9c\u00e9dent : des morceaux de musique classique, quel\u00adques duos, deux conf\u00e9rences, l&rsquo;une sur les po\u00e8tes cr\u00e9oles, l&rsquo;autre sur Jules Simon par M. Jantet, Professeur.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9union pr\u00e9vue pour le 8 Ao\u00fbt, sera remise \u00e0 une date ult\u00e9rieure, d&rsquo;une part \u00e0 cause de la mort de M. de Mahy, ancien adjoint au maire, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en M\u00e9tropole et ancien membre de la Bien\u00adfaisance, et d&rsquo;autre part \u00e0 cause de l&rsquo;incendie monstre qui ravagea les environs de Salazie. Une souscription fut organis\u00e9e pour les sinistr\u00e9s, \u00e0 laquelle les Fr\u00e8res vers\u00e8rent leur obole ; les Francs-Ma\u00e7ons mauriciens y particip\u00e8rent aussi, comme l&rsquo;annonce le journal local<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Ma\u00e7ons de la Triple Esp\u00e9rance de Maurice se sont \u00e9mus des malheurs arriv\u00e9s aux incendi\u00e9s de Salazie. Ils ont mont\u00e9 en vingt jours \u00ab\u00a0Orph\u00e9e aux Enfers\u00a0\u00bb. La repr\u00e9sentation a produit une recette de 2 800 Frs qui ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 M. Maza\u00e9 Az\u00e9ma, de la loge l&rsquo;Amiti\u00e9 de Saint Denis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les Francs-Ma\u00e7ons et le clerg\u00e9 local<\/p>\n<p>Entre 1860 et 1870, il semble que les relations aient \u00e9t\u00e9 assez tendues entre les Francs-Ma\u00e7ons saint-pierrois et le clerg\u00e9 du sud.<\/p>\n<p>Voyons quelques aspects de cette querelle :<\/p>\n<p>En D\u00e9cembre 1864, para\u00eet dans les journaux \u00ab\u00a0cl\u00e9ricaux\u00a0\u00bb un article dans lequel on \u00e9voque\u00a0\u00ab\u00a0une pri\u00e8re \u00e0 tous les Saints pour \u00eatre d\u00e9livr\u00e9 des Francs-Ma\u00e7ons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le Courrier de St Pierre ayant fait \u00e9tat de cette lettre, le Fr\u00e8re Eug\u00e8ne Prat r\u00e9agit violemment en prenant la d\u00e9fense des Francs-Ma\u00e7ons.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le jour de No\u00ebl 1867, un incident se produit \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise\u00a0du Tampon.<\/p>\n<p>Ecoutons le Courrier de St Pierre \u00e0 ce sujet :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le jour de No\u00ebl, un groupe de personnes appartenant \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite de la population (parmi lesquelles se trouvaient deux\u00a0dames) \u00e9taient dans l&rsquo;\u00e9glise du Tampon pendant la c\u00e9l\u00e9bration d&rsquo;une des trois messes qu&rsquo;il est d&rsquo;usage de dire ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>Ces personnes, au nombre de cinq, se tenaient debout au moment de la communion. Tous les autres assistants \u00e9taient agenouill\u00e9s.<\/p>\n<p>Les prescriptions de l&rsquo;Eglise ne font pas une obliga\u00adtion \u00e0 ceux qui assistent \u00e0 l&rsquo;administration des sacrements de s&rsquo;age\u00adnouiller. Ceux qui veulent rester debout peuvent le faire&#8230;.l&rsquo;abb\u00e9 Eymard, cur\u00e9 de la chapelle du Tampon, ne l&rsquo;ad\u00admet pas ainsi. A la vue des cinq personnes qui se tenaient debout quand tous les autres \u00e9taient prostern\u00e9s, il interrompt la communion pour infliger aux cinq personnes qui ne s&rsquo;agenouillaient pas une se\u00admonce remplie d&rsquo;injures grossi\u00e8res, les d\u00e9signant du doigt en les comptant et appelant sur elles la r\u00e9probation publique.<\/p>\n<p>Les honorables colons, objets de ces invectives, donn\u00e8\u00adrent par leur calme, une le\u00e7on de convenance au cur\u00e9 Eymard\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les personnes vis\u00e9es \u00e9taient M. de Kerv\u00e9guen, M. Louis Hcarau, M. de Mahy et sa famille.<\/p>\n<p>Doit-on seulement voir une co\u00efncidence dans le fait\u00a0que deux d&rsquo;entre elles (deKerv\u00e9guen et de Mahy) aient \u00e9t\u00e9 des Francs-Ma\u00e7ons ?<\/p>\n<p>Autre \u00e9pisode de cette querelle entre Loge et Eglise : l&rsquo;incroyable dict\u00e9e donn\u00e9e le 22 Juin 1868 aux \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;\u00e9cole des Fr\u00e8res de Saint Denis :<\/p>\n<p>LA FRANC-MA\u00c7ONNERIE<\/p>\n<p>La Franc-Ma\u00e7onnerie, qui se qualifie du titre mensonger de Soci\u00e9t\u00e9 de Bienfaisance, n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;un compos\u00e9 d&rsquo;ath\u00e9es, d&rsquo;impies, et de mat\u00e9rialistes, de rationnalistes, de panth\u00e9istes, mais surtout de li\u00adbertins, de polissons, d&rsquo;impudiques etc&#8230; Cette soci\u00e9t\u00e9 est le fl\u00e9au de l&rsquo;Eglise, des Etats, des familles et du monde entier, le scandale de tous les honn\u00eates gens et la honte \u00e9ternelle, la d\u00e9pradation et le d\u00e9shonneur de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s les constitutions ma\u00e7onniques, le Franc-ma\u00e7on, sauf celui qui l&rsquo;est par surprise, par ignorance, c&rsquo;est \u00e0 dire qui ne connait point \u00e0 quoi tend cette inf\u00e2me soci\u00e9t\u00e9, est essentiellement un assassin, un voleur, un libertin etc&#8230; Le but bien connu de l&rsquo;infer\u00adnale soci\u00e9t\u00e9 est la n\u00e9gation de Dieu, afin de n&rsquo;avoir pas de vengeur de ses crimes, de ses infamies, de son libertinage etc&#8230; le renversement des tr\u00f4nes, des gouvernements, de la puissance militaire, enfin de toute autorit\u00e9 qui pourrait la g\u00eaner, afin de n&rsquo;avoir rien \u00e0 redouter pour exercer ses sc\u00e9l\u00e9ratesses. Et pourtant, quoique la Franc-Ma\u00e7onnerie ne veuille pas de puissance pour la r\u00e9duire, elle-m\u00eame veut \u00eatre puissance, veut dominer les autres et leur faire approuver ses forfaits, et elle menace du poignard quiconque voudra la m\u00e9conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Comme elle se dit r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice de l&rsquo;humanit\u00e9, elle nous pr\u00eache trois mots qu&rsquo;elle n&rsquo;observe pas : libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>La libert\u00e9, mais elle ne la veut que pour elle, elle veut \u00eatre libre de faire le mal, mais l&rsquo;Eglise ne doit point \u00eatre libre de faire le bien, elle doit \u00eatre opprim\u00e9e par tout bon franc-ma\u00e7on.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9galit\u00e9, elle ne la veut pas pour l&rsquo;Eglise ; celle-l\u00e0 doit \u00eatre pill\u00e9e, spoli\u00e9e par elle ; les bons catholiques, ceux-l\u00e0 sont des profanes, il n&rsquo;y a point d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pour eux, la guillotine, voil\u00e0 leur \u00e9galit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>La fraternit\u00e9, la sainte soci\u00e9t\u00e9 fraternise avec le poignard, avec ceux qui ne sont pas de son avis, qui ne l&rsquo;approuvent pas ou qui d\u00e9voilent ses sanguinaires projets.<\/p>\n<p>Jugez maintenant de la soci\u00e9t\u00e9 de bienfaisance&#8230; Jeunesse sans exp\u00e9rience, avide de tout voir et de tout savoir, jeunes insens\u00e9s, vous qui vous laissez endoctriner par des conseils ou des discours pervers, vous laisse\u00adrez vous prendre dans les pi\u00e8ges ma\u00e7onniques maintenant ? Songez que vous paieriez ch\u00e8rement votre folie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident qu&rsquo;un tel texte n&rsquo;\u00e9tait pas fait pour am\u00e9liorer les relations entre les deux organisations !<\/p>\n<p>Cette querelle se poursuit sur le plan local, tout au long des ann\u00e9es 1869 et 1870, notamment dans l&rsquo;incident relat\u00e9 plus haut lors de la visite de l&rsquo;Ev\u00e8que \u00e0 Saint Pierre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les Francs-Ma\u00e7ons ne sont pas muets : par la plume d&rsquo;Armanet, l&rsquo;enseignement religieux est critiqu\u00e9, no\u00adtamment dans le syst\u00e8me de punition qui y est appliqu\u00e9 :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bon nombre de personnes, et peut-\u00eatre vous le premier, mon cher \u00e9diteur, ignorent que la punition la plus anodine consiste \u00e0 faire \u00ab\u00a0baiser la terre\u00a0\u00bb&#8230;. Pour une dissipation d&rsquo;un seul instant, par exemple pendant la derni\u00e8re dizaine de chapelet que l&rsquo;on vient d&rsquo;abattre (sic), l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve est forc\u00e9 \u00e0 se placer \u00e0 genoux et \u00e0 incliner son torse jusqu&rsquo;\u00e0 possibilit\u00e9 de mettre ses l\u00e8vres en contact avec\u00a0le sol, Est-ce assez abject &#8230;.<\/p>\n<p>&#8230;. Une autre infliction de peine consiste \u00e0 condamner l&rsquo;enfant au \u00ab\u00a0riz sec\u00a0\u00bb apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement mis en retenue. Les parents sont avertis alors d&rsquo;envoyer le repas de l&rsquo;enfant, mais sans \u00ab\u00a0fricot\u00a0\u00bb. C\u00e9dant au sentiment de l&rsquo;amour paternel, il arrive que les parents, quelquefois, croient d\u00e9jouer les vigueurs de la peine\u00a0en cachant, sous le riz, un peu de ce cari prohib\u00e9. H\u00e9las ! leurs R\u00e9v\u00e9rences ont l&rsquo;odorat subtil, et puis, habitu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;innocent stra\u00adtag\u00e8me, il n&rsquo;est pas rare qu&rsquo;elles n&rsquo;aillent prendre \u00e0 l&rsquo;enfant l&rsquo;\u00e9\u00adl\u00e9ment d\u00e9fendu pour le jeter imm\u00e9diatement aux chiens&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un peu plus tard, le journal loue :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0l&rsquo;excellence de l&rsquo;enseignement la\u00efque qui nous sommes profond\u00e9ment convaincus, s&rsquo;affirme tous les jours davantage \u00e0 Bour\u00adbon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 20 Ao\u00fbt 1870, un article sign\u00e9 Deville traite de\u00a0\u00ab\u00a0l&rsquo;utilit\u00e9 et de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;enseignement secon\u00addaire la\u00efque dans les communes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, il semble que le clerg\u00e9 ne fasse gu\u00e8re l&rsquo;\u00e9loge des Francs-Ma\u00e7ons parmi les fid\u00e8les comme en t\u00e9moigne cet article\u00a0\u00ab\u00a0Il parait que les Francs-Ma\u00e7ons ne sont pas odeur de saintet\u00e9 \u00e0 Cilaos. Un de ces derniers, habitu\u00e9 \u00e0 se rendre chaque ann\u00e9e dans cette localit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 deux reprises fort maltrait\u00e9 en paroles par M. Jaegy, cur\u00e9 de Cilaos. Deux personnes l&rsquo;ayant accueilli chez elles ont re\u00e7u pour ce fait des reproches de Mr le cur\u00e9.<\/p>\n<p>Ajoutons que le Franc-Ma\u00e7on attaqu\u00e9 si vivement avait dit de M, Jaegy, et tr\u00e8s souvent, beaucoup de bien, \u00e0 Cilaos comme \u00e0 St Pierre, le repr\u00e9sentant comme un des pr\u00eatres les plus francs et les plus honn\u00eates de la colonie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La Bienfaisance connut aussi des jours de deuil. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au d\u00e9but de septembre, mourut un des membres de la Loge, le jeune Etienne Manicourt Rivi\u00e8re. Il avait demand\u00e9 que lui soit faites des obs\u00e8ques ma\u00e7onniques. Le convoi partit de la Loge et, sur sa tombe, le fr\u00e8re Jantet pronon\u00e7a ces quelques mots :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mes Fr\u00e8res, vous avez voulu vous r\u00e9unir autour de la tombe de notre bien-aim\u00e9 fr\u00e8re pour lui donner un dernier t\u00e9moignage d&rsquo;amiti\u00e9 et de regret, et voici qu&rsquo;un spectacle auquel la nature devrait nous avoir habitu\u00e9s semble vous frapper d&rsquo;un religieux \u00e9ton\u00adnement. Quoi ! hier encore, notre ami conversait avec nous, calme et souriant, malgr\u00e9 des souffrances et les approches de la mort. L&rsquo;in\u00adtelligence rayonnait sur son front, la bont\u00e9 se lisait dans ses yeux, puis tout \u00e0 coup, son sang s&rsquo;est glac\u00e9 dans ses veines, ses yeux fixes et immobiles n&rsquo;ont plus vu les objets, la parole a expir\u00e9 sur ses l\u00e8vres avec son dernier soupir et de toutes les qualit\u00e9s que nous avions aim\u00e9es en lui, il ne nous reste plus qu&rsquo;un douloureux et p\u00e9ni\u00adble souvenir.<\/p>\n<p>Non, mes fr\u00e8res, tels ne sauraient \u00eatre vos sentiments ; la mort serait trop affreuse sans la consolante et sublime croyance que nous pr\u00eache notre institution et que confirme notre raison. Vous sentez et vous comprenez que Dieu n&rsquo;a pu vous donner une intelligen\u00adce capable de la comprendre, un coeur fait pour l&rsquo;aimer, des aspi\u00adrations qui ne peuvent \u00eatres satisfaites ici bas sans voir en m\u00eame temps cr\u00e9er tin autre monde o\u00f9 se trouveront r\u00e9alis\u00e9es toutes les promesses de justice et d&rsquo;amour qu&rsquo;il nous fait par la voix de la conscience et de la raison. La terre va reprendre son bien, mais l&rsquo;\u00e2me de notre fr\u00e8re, d\u00e9gag\u00e9e des liens terrestres qui l&rsquo;unissaient<\/p>\n<p>\u00e0 la mati\u00e8re a d\u00e9j\u00e0 pris son vol vers les r\u00e9gions \u00e9th\u00e9r\u00e9es o\u00f9 Dieu l&rsquo;a appel\u00e9e.<\/p>\n<p>Notre fr\u00e8re croyait \u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me ; il croyait \u00e0 un Dieu juste et bon et c&rsquo;est cette croyance qui lui a donn\u00e9, \u00e0 ses derniers moments, ce calme et cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que nous admirions tous. La mort n&rsquo;a d&rsquo;angoisses que pour l&rsquo;homme m\u00e9chant ou craintif ; l&rsquo;han-me probe et courageux l&rsquo;envisage comme un h\u00f4te attendu depuis long\u00adtemps. La conscience de notre fr\u00e8re \u00e9tait pure. Il s&rsquo;est endormi sans crainte parce qu&rsquo;il \u00e9tait sans reproche.<\/p>\n<p>Venez donc, \u00f4 mes fr\u00e8res, autour de la tombe de l&rsquo;honn\u00eate homme qui n&rsquo;est plus, venez, vous surtout qui avez eu le bonheur de vivre dans son intimit\u00e9, vous qui avez connu ses qualit\u00e9s modestes mais charmantes ; sa bont\u00e9, sa douceur et son affabilit\u00e9, vous qu&rsquo;il\u00a0a voulu avoir pr\u00e8s de lui \u00e0 ses derniers moments, venez adresser \u00e0 votre ami un supr\u00eame adieu. Puisse ce t\u00e9moignage de notre sympathie adoucir un peu les regrets d&rsquo;une famille \u00e0 l&rsquo;affection de laquelle il a \u00e9t\u00e9 ravi par une mort si pr\u00e9matur\u00e9e ! Quant \u00e0 lui, ne le plai\u00adgnons pas, il nous a donn\u00e9 le spectacle fortifiant d&rsquo;une belle mort succ\u00e9dant \u00e0 une vie honorablement remplie.<\/p>\n<p>Fr\u00e8re Manicourt, si, suivant la coutume de nos p\u00e8res,\u00a0les \u00e2mes de. ceux qui ne sont plus peuvent entendre les adieux de leurs amis, recevez ceux qu&rsquo;ils vous adressent avec le t\u00e9moignage de leurs regrets.<\/p>\n<p>Adieu, fr\u00e8re Manicourt.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Enfin, pour terminer l&rsquo;ann\u00e9e 1869, les Francs-Ma\u00e7ons de Saint Pierre f\u00eatent la Saint Jean d&rsquo;hiver par un banquet en leur local. Voici ce qu&rsquo;en dit le journal local :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons assist\u00e9 dimanche dernier au banquet annuel donn\u00e9 par les Francs-Ma\u00e7ons de St Pierre \u00e0 la suite de leur c\u00e9r\u00e9monie solsticiale. Les invit\u00e9s \u00e9taient nombreux. Il est impossible d&rsquo;imagi\u00adner une plus charmante r\u00e9union, anim\u00e9e d&rsquo;une plus aimable cordialit\u00e9. M. Lasserve, qui appartient \u00e0 une des loges de St Denis et qui \u00e9tait invit\u00e9, n&rsquo;a malheureusement pas pu venir. Les toasts les plus cha\u00adleureux lui ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous sommes p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de reconnaissance pour l&rsquo;accueil affectueux qui a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 l&rsquo;\u00e9diteur-g\u00e9rant et aux r\u00e9dacteurs du Courrier.<\/p>\n<p>&#8230; La Loge La Bienfaisance repr\u00e9sente dignement l&rsquo;opi\u00adnion lib\u00e9rale, si r\u00e9pandue, si populaire \u00e0 St Pierre. Elle a beau\u00adcoup contribu\u00e9 au r\u00e9veil de la vie publique parmi nous, par ses r\u00e9u\u00adnions, par ses concerts, par ses conf\u00e9rences et par son action de chaque jour. Dans un autre ordre d&rsquo;id\u00e9es, avons-nous besoin de rappeler la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 avec laquelle elle r\u00e9pond aux demandes de secours qui lui sont adress\u00e9es, la d\u00e9licatesse qu&rsquo;elle met \u00e0 aller au-devant de toutes les mis\u00e8res, l&rsquo;effort h\u00e9roique qu&rsquo;elle a d\u00e9ploy\u00e9 pour sauver de la famine la population de Cilaos succombant de mis\u00e8re et de maladie ?<\/p>\n<p>Une institution qui r\u00e9pand tant de bienfaits a droit \u00e0 l&rsquo;estime et au respect de tous les honn\u00eates gens&#8230;.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1870<\/p>\n<p>De gros nuages noirs apparaissent \u00e0 l&rsquo;horizon ; l&rsquo;ann\u00e9e 1870 commence avec les mauvaises nouvelles qui arrivent de m\u00e9tropole, souvent avec beaucoup de retard.<\/p>\n<p>Des jeunes gens volontaires vont s&rsquo;engager pour la d\u00e9\u00adfense de la patrie et un contingent partira de St Pierre ; parmi eux, des enfants de Francs-Ma\u00e7ons.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 16 Septembre, une souscription est Tanc\u00e9e en faveur des bless\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, parmi les organisateurs ; Gabriel Potier, Paul Cudenet, Paul Genevi\u00e8ve.<\/p>\n<p>Puis, c&rsquo;est le d\u00e9sastre et le 8 Novembre, la R\u00e9publique est proclam\u00e9e \u00e0 Saint Denis. Des \u00e9lections doivent avoir lieu en Novembre et deux candidats sont les favoris des Fr\u00e8res : le Docteur De Mahy, qui porte un nom bien connu \u00e0 St Pierre, et De la Serve, tous deux descendants d&rsquo;une lign\u00e9e de Francs-Ma\u00e7ons. Un comit\u00e9 local leur apporte son soutien, et dans ce comit\u00e9 figurent sept fr\u00e8res de La Bienfaisance. L&rsquo;\u00e9lection des favoris aura lieu sans difficult\u00e9s : ils auront plus de 11 000 voix, les trois autres candidats arrivant p\u00e9niblement \u00e0 1 200.<\/p>\n<p>Les deux nouveaux \u00e9lus partent pour la m\u00e9tropole en D\u00e9cembre 1870.<\/p>\n<p>A cette date les documents cessent. Plus aucune trace\u00a0de la Bienfaisance, de son influence, de son existence m\u00eame. A peine, dans l&rsquo;annuaire du Grand Orient le nom de ses deux derniers v\u00e9n\u00e9ra\u00adbles ; Just Hoarau en 1871 et 1872, puis Benjamin Cudenet de 1873 \u00e0 1879.<\/p>\n<p>En 1880, la Bienfaisance est class\u00e9e parmi les loges en sommeil,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>LE BILAN<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce demi-si\u00e8cle d&rsquo;existence, quel bilan peut-on faire de l&rsquo;oeuvre de La Bienfaisance ? Qu&rsquo;a-t-elle apport\u00e9, selon ses buts, \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Saint-Pierroise en particulier ?<\/p>\n<p>L&rsquo;essentiel de son oeuvre peut se r\u00e9sumer en trois points : un r\u00f4le de formation, un r\u00f4le d&rsquo;assistance, un r\u00f4le d&rsquo;\u00e9cole de r\u00e9flexion.<\/p>\n<ul>\n<li><u>Un r\u00f4le de formation<\/u> :<\/li>\n<\/ul>\n<p>Formation des jeunes, tout d&rsquo;abord : plusieurs fr\u00e8res sont \u00e0 l&rsquo;origine de la cr\u00e9ation du coll\u00e8ge de Saint Pierre (1843). Pour en encourager les bons \u00e9l\u00e8ves, des prix furent ensuite d\u00e9cern\u00e9s par la Loge.<\/p>\n<p>En Ao\u00fbt 1870, les fr\u00e8res Potier, de Mahy et Prudent cr\u00e9ent l&rsquo;amicale des anciens \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e qui tient ses r\u00e9unions dans les locaux de la Loge.<\/p>\n<p>Mentionnons aussi les diff\u00e9rents concerts et conf\u00e9rences scientifiques et litt\u00e9raires donn\u00e9s dans les locaux ma\u00e7onniques.<\/p>\n<ul>\n<li><u>Un r\u00f4le d&rsquo;assistance<\/u> :<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il est certainement difficile sinon impossible de dresser la liste des aides en tous genres apport\u00e9es par les ma\u00e7ons de Saint-Pierre \u00e0 leurs compatriotes. Nous ne pouvons en citer que quelques exemples au hasard :<\/p>\n<ul>\n<li>aide aux sinistr\u00e9s des ouragans : 1863<\/li>\n<li>aide aux victimes des incendies de l&rsquo;int\u00e9rieur (1869)<\/li>\n<li>part prise \u00e0 la souscription pour les bless\u00e9s de guerre : 1870<\/li>\n<\/ul>\n<p>On rel\u00e8ve aussi des actions plus ponctuelles, carme celle accord\u00e9e \u00e0 un fr\u00e8re belge, L\u00e9\u00f4pold Eyckerman install\u00e9 \u00e0 Saint Pierre avec femme et enfant, il dut \u00eatre rapatri\u00e9 pour raison de sant\u00e9 en 1867. Or, la France lui refusa le droit au voyage, sous pr\u00e9\u00adtexte qu&rsquo;il \u00e9tait belge, et la Belgique aussi, parce qu&rsquo;il r\u00e9sidait sur territoire fran\u00e7ais !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais surtout n&rsquo;oublions pas le r\u00f4le important jou\u00e9 par trois personnages, tous trois francs-ma\u00e7ons, dans l\u2019approvisionnement en eau de la r\u00e9gion de St Pierre : les FF Henri Frappier, Charles Motais et Joseph Hoarau-Desruisseaux sont les r\u00e9alisateurs du Canal\u00a0St Etienne qui, prenant l&rsquo;eau en amont de la Rivi\u00e8re St Etienne, fournit la ville de St Pierre en eau potable. Une plaque comm\u00e9mora\u00adtive d\u00e9pos\u00e9e \u00e0 la mairie, leur rend un hommage m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Fn 1868 fut cr\u00e9\u00e9e, sous l&rsquo;\u00e9gide de quelques Francs-Ma\u00e7ons, une soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative de consommation qui ne semble pas avoir v\u00e9cu tr\u00e8s longtemps.<\/p>\n<p><u>Un r\u00f4le d&rsquo;\u00e9cole de r\u00e9flexion<\/u> :<\/p>\n<p>Sur les colonnes de La Bienfaisance se c\u00f4toient les responsables administratifs et politiques de la r\u00e9gion, et les esprits \u00e9veill\u00e9s avides de progr\u00e8s. Nul doute que les id\u00e9es qui y furent dis\u00adcut\u00e9es puis mises en application contribu\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution sociale et \u00e9conomique de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Aux environs de 1880, les Francs-Ma\u00e7ons du Sud cessent leurs travaux.<\/p>\n<p>Moins d&rsquo;un si\u00e8cle plus tard, en Juin 1975, un groupe de Fr\u00e8res reprennent les outils d\u00e9pos\u00e9s par leurs cin\u00e9s et ouvrent la Loge La Sinc\u00e9rit\u00e9 Parfaite, \u00e0 l&rsquo;Orient de Saint-Pierre Tampon, renouant ainsi la cha\u00eene qui relie, dans le temps et l&rsquo;espace, les Francs-Ma\u00e7ons du Monde entier.<\/p>\n<p>Je remercie particuli\u00e8rement Mr et Mme ROBERT qui m&rsquo;ont beaucoup aid\u00e9 dans la r\u00e9alisation mat\u00e9rielle de cette modeste plaquette.<\/p>\n<p>JFLB<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire de la loge La Bienfaisance. LES DEUX PREMI\u00c8RES P\u00c9RIODES. 1821 ET 1880 &nbsp; Premi\u00e8re p\u00e9riode 1821-1831 Le sceau de La Bienfaisance en 1821 Dans l&rsquo;installation de la Franc-Ma\u00e7onnerie \u00e0 Bourbon, on peut distinguer deux \u00e9tapes : l&rsquo;une se situe dans le dernier quart du XVIII\u00e8 si\u00e8cle, l&rsquo;autre aux environs de 1820. 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